L’accessibilité de la formation professionnelle aux personnes en situation de handicap est un sujet qui s’inscrit pleinement dans le plan de développement de WiFormUp. Si ce principe est posé par le législateur dans la loi Handicap du 11 Février 2005, et consolidé par la loi du 05 Septembre 2018, la question de la mise en oeuvre pratique des adaptations confronte souvent les centres de formations à de nombreuses difficultés, qui tiennent notamment au fait que le Handicap est avant tout polymorphe. 

Cet article reprend brièvement les principes essentiels de ce sujet.

Nous y développons ensuite en toute transparence les interrogations initiales que nous avons eu sur ce thème et le process dans lequel nous nous sommes inscrits pour une amélioration continue à ce sujet. 

Enfin nous abordons certaines avancées qui pourraient très prochainement apporter de profondes améliorations sur la question de l’accessibilité des formations.

I – Les données du sujet de l’accessibilité des formations aux personnes en situation de handicap

Les obligations et points essentiels

La question de l’accessibilité des formations professionnelles aux personnes en situation de handicap est une préoccupation qui a mis longtemps à se traduire dans la pratique. Si des initiatives privées de certains centres ont pu être engagées, on note un premier virage en ce sens quand le législateur s’empare de la question via la loi Handicap de 2005, à travers le principe d’égalité de traitement. Cette évolution est clairement renforcée en 2018 avec la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel qui l’instaure en critère obligatoire pour les organismes souhaitant prétendre à des financements publics pour la formation professionnelle (Qualiopi). L’accessibilité d’un organisme de formation s’entend sur une multitude de critères. Il peut s’agir de conformités des locaux pour l’accueil physiques de personnes en situation de handicap (pour les formations en présentiel), de documenter et fournir une information claire et détaillées sur les modalités de formations, les adaptations envisageables, aussi bien durant la formation que pour les phases d’évaluations. Il s’agit également d’adopter une démarche de sensibilisation globale du champ du handicap auprès des personnels, des apprenants, des entreprises,… en d’autres termes que l’organisme de formation deviennent un acteur mobilisé pour faire entendre et avancer la situation des personnes en situation de handicap dans le monde de l’entreprise.

Le corollaire de cette prise en considération de la situation de handicap est la nécessité d’adapter certaines modalités ou certains équipements. Cette adaptation a créé un Droit à la compensation, c’est à dire la mise à disposition d’aides matérielles ou financières destinées à compenser les conséquences du handicap. L’organisme, lorsqu’il est informé de la situation de handicap, va prendre en compte les difficultés occasionnées par cette situation et y apporter de manière individuelle des compensations (mise à disposition de matériel spécifique ou de supports adaptés / adaptation des durées de formation / adaptation des modes d’évaluations / possibilité d’être accompagné par un aidant,…). Pour y parvenir l’organisme de formation s’appuie sur les échanges avec l’apprenant, un spécialiste du handicap, un référent handicap qui pourra apporter son aide sur l’évaluation des besoins de compensation, la mise en oeuvre des adaptations et les financements nécessaires. Si cela génère des coûts ils peuvent demander le soutien d’organismes tels que l’Agefiph ou les OPCO.

Un peu d’introspection pour commencer 

Comme toute démarche inclusive, adaptative, si la volonté de principe fait souvent consensus, il est souvent beaucoup plus complexe de franchir le pas de l’opérationnel. Il faut avoir le courage d’être honnête sur ces questions et avoir la transparence de dire que la question de l’adaptation des moyens et méthodes pédagogiques n’est pas une évidence. Lorsqu’un formateur met en place une formation, il envisage un parcours en prenant en compte certe l’apprenant, mais il y met presque “humainement” un peu de sa propre sensibilité. C’est d’ailleurs ce qui peut parfois différencier l’expérience vécue entre deux formations professionnelles. Si dans quelques années l’intelligence artificielle (dont nous parlerons plus bas) vient à remplacer le formateur dans son rôle d’ingénierie pédagogique, alors peut être la situation sera différente. Si la formation est préparée par une personne elle même en situation de handicap, il est très probable que ces questions d’accessibilité auront une place toute spécifique. Lorsque le formateur est un humain qui n’est pas confronté au monde du handicap alors la situation est toute différente, et s’apparente parfois à une “plongée dans l’inconnu”. Et c’était humblement notre cas. Mon cas. Le cas d’Alexandre JOND-NECAND, qui en toute transparence n’avait pas eu jusqu’alors à se poser ces questions. C’est donc une réelle prise de conscience du sujet du Handicap, ou plutôt des situations de handicap, auxquels WiFormUp a été confronté. Une fois les choses dites, posées et intégrées, il était donc temps de réfléchir de manière constructive à la manière dont WiFormUp allait appréhender cette mission.

Handicap / handicaps / situations de handicap

Une fois que l’on doit s’intéresser à la question de l’adaptation des formations au handicap se pose alors très vite une réalité pratique évidente: la notion de handicap est totalement abstraite en ce qu’elle tend à “catégoriser” des publics potentiellement totalement différents. D’ailleurs si on peut souvent considérer cette “catégorie” de publics comme minoritaire dans la société, notamment professionnelle, il est très vite évident que les écarts entre les individus de cette appellation sont souvent sans commune mesure avec celles des publics “sans handicap”. Prenons le cas d’une formation digitale. Il est absolument évident que les mesures d’adaptation selon qu’elle doit être dispensée à une personne déficiente visuelle, auditive ou handicapée moteur n’ont absolument rien à voir. Si une personne en fauteuil pourra vraisemblablement suivre sans difficulté la formation “classique”, les adaptations seront nécessaires et potentiellement importantes pour un déficient auditif (sous titrage / éventuellement langue des signes) ou pour un déficient visuel ( audio description). Les adaptations doivent donc être tout à fait spécifiques selon le type de handicap. (un article dédié aux différents types de situation de handicap sera prochainement publié à ce sujet)

II – Le cas WiFormUp ou comment intégrer cette question dans le fonctionnement de notre centre de formation

Une adaptation facilitée par les modes de formation proposés

Chez WiFormUp nous avons privilégié les formations de type individuel ou en petit comité. Bien entendu cela ne signifie pas que nous ne proposons pas d’accompagnement pour des groupes plus importants mais notre développement est prioritairement basé sur les notions de sur mesure et de formations live individuelles. Ce choix, qui n’est pas lié initialement à la question de l’accessibilité, facilite en revanche réellement la mise en oeuvre de mesures d’adaptation. En effet il est de fait beaucoup plus simple pour nous de coconstruire le programme et l’ingénierie adaptée, soit avec le stagiaire directement (ce qui permet de l’impliquer d’autant plus dans le process), soit avec un référent éventuel. Les mesures d’adaptations sur des groupes sont plus lourdes et complexes à prévoir et à appliquer par le formateur qui doit “jongler” entre les méthodes pour s’adapter aux différents publics. Le sur mesure individuel permet par nature de partir d’une feuille vierge, ce qui permet de gagner en agilité et en flexibilité.

De même une partie importante de nos formations se déroule de manière digitale. Si cette méthode n’est pas sans poser parfois des difficultés intrinsèques pour certains publics, l’outil digital dispose également de capacités accrues d’adaptation. Par exemple l’outil Google Meet, utilisé pour la plupart des sessions live, dispose d’un outil de sous titre automatique et de chat 

La communication auprès du public et la constitution d’un réseau de partenaires experts 

La constitution d’un annuaire de partenaires dédiés aux questions de handicap n’est pas en soit une plus value de notre organisme. Il s’agit en effet d’un critère obligatoire à tous les centres de formation dans le cadre de la certification Qualiopi. Cet annuaire a un rôle important dans notre fonctionnement. En effet, comme nous l’avons évoqué, si nous sommes investis dans une démarche sincère d’amélioration de l’accessibilité, nous ne prétendons pas être experts de cette question, a fortiori face à la multitude des situations existantes. Cet annuaire nous permet de nous intégrer dans un réseau de partenaires qui disposent à la fois de connaissances spécifiques, mais aussi de dispositifs d’adaptation. Selon le cas nous pouvons les contacter pour obtenir des informations, transmettre leurs coordonnées à la personne en situation de handicap si nous ne sommes pas en mesure de répondre à un besoin particulier, ou les intégrer dans une adaptation des formations.

Nous avons également mis en place une fonction de Référent Handicap dont la mission est tout autant de se rendre disponible pour répondre aux questions des personnes en situation de handicap, que de se former à cette thématique et de veiller à mettre en place des process d’amélioration en matière d’accessibilité.

Une démarche d’amélioration continue

Enfin WiFormUp souhaite s’inscrire sur le long terme dans une démarche d’amélioration sur ces sujets de fond. Cela signifie s’informer, s’intéresser, se former, échanger et réfléchir aux solutions possibles pour que demain la “question du handicap en formation” n’en soit plus une. 

Nous avons intégré le programme RHF du réseau Agefiph pour un engagement dans une démarche continue de progrès pour une accessibilité généralisée. Cet engagement se traduit par:

  • un accès à des ressources handicap formations
  • une relation de proximité avec l’Agefiph
  • des bilans réguliers sur un ensemble d’items avec un engagement annuel de progresser sur ces derniers
  • une démarche de communication autour de ces actions

Nous tenons également à jour un suivi des demandes ayant trait aux formations en situation de handicap, relatant les suites données et la satisfaction quant à la réponse fournie. Nous sommes notamment très attentifs à détecter:

  • si les adaptations de parcours ont permis à l’apprenant de réaliser la formation dans les meilleures conditions possibles
  • aux aménagements futurs qui pourraient être envisagés pour les cas que nous avons dû réorienter en cas d’impossibilité d’adaptation. 

En conclusion, nous sommes pleinement conscient du chemin qu’il nous reste à parcourir sur la voie de l’accessibilité des formations aux personnes en situation de handicap. Notre propos n’est nullement de dire que nous sommes irréprochables en la matière, mais d’être sincère et honnête sur notre volonté de faire au mieux, et toujours mieux. Si vous proposez d’ailleurs des solutions qui pourraient s’intégrer dans ce projet, n’hésitez d’ailleurs pas à nous contacter à ce propos pour que nous puissions envisager d’éventuelles intégrations de ces dernières dans nos parcours adaptatifs.

III – Intelligence artificielle / robotique / Réalité augmentée: ces technologies qui pourraient révolutionner le monde de l’accessibilité en formation

Pour terminer cet état des lieux nous souhaitions mettre en lumière le dynamisme de la recherche actuelle autour de ces thématiques d’accessibilité. Longtemps le handicap a été ressenti comme un problème. Aujourd’hui, les avancées techniques en font un terrain d’expérimentation fabuleux et on peut espérer très prochainement une démocratisation des solutions, et qui sait des modalités d’apprentissage plus performantes pour les personnes en situations de handicap que pour certains publics “traditionnels”.

Bien entendu certaines technologies sont encore expérimentales, et beaucoup représentent un cout substantiel qui ne pourra que difficilement être supporté par des organismes de formation de petite taille. Néanmoins il est plus que probable que certains acteurs institutionnels, ou dédiés au champ de l’accompagnement handicap pourront se doter de ces technologies et les mettre à disposition des apprenants ou des centres “ à la demande”.

Nous nous centrerons ici sur quelques initiatives mais nous aborderons très probablement d’autres avancées dans des articles ultérieurs.

En matière de déficience auditive et de langue des signes:

On l’a évoqué plus haut l’intelligence artificielle permet aujourd’hui de traduire correctement une voix en texte (transcript Voice to text). Cette technologie est présente notamment dans les outils de visio conférence et permet entre autre à l’apprenant malentendant de suivre les propos du formateur en direct. Si l’apprenant est uniquement malentendant et peut parler cette technologie est bien adaptée. Néanmoins la déficience auditive est, potentiellement accompagnée de troubles du langage qui peuvent aller jusqu’à l’impossibilité de s’exprimer oralement. Dans ce cas le recours à la langue des signes est une solution. On estime en France que 80000 personnes l’utilisent. Or les formateurs compétents dans cette langue sont bien évidemment extrêmement rares. Très prochainement il est probable que cette situation soit fluidifiée. Des dispositifs voient le jour (aux Etats Unis pour l’instant) qui permettent de traduire en direct la langue des signes en texte ou en voix. Bien entendu ce type de dispositif pourrait également permettre à des professionnels touchés par ce handicap de devenir à leur tour formateur (la question de l’accessibilité du métier de formateur aux personnes en situation de handicap est beaucoup plus confidentielle mais mériterait largement d’être posée). 


Plus d’infos sur les chiffres de la surdité 

En matière de handicap moteur avancé

Si une personne en fauteuil roulant mais disposant d’une autonomie au niveau des mains et des bras peut relativement aisément suivre des formations classiques en distanciel (et en présentiel si l’accès aux locaux est adapté) il en va autrement pour les personnes ne pouvant utiliser les systèmes informatiques classiques. Cela concerne tout autant les personnes amputées des membres supérieurs que les polyhandicapés moteurs. Dans ce cas c’est l’accès à l’outil informatique en tant que tel qui est un obstacle. Les technologies d’Eye Tracking sont alors l’une des solutions les plus intéressantes. Elles permettent grâce à des technologies spécifiques d’utiliser le regard comme une souris à part entière. Cela permet de venir se connecter à une salle virtuelle, à répondre aux quizz d’évaluation,… Dans les cas de handicaps sévères affectant également les capacités de langage ce type de technologie peut également servir de mode de communication. Ces solutions ne sont pas nouvelles en soit puisqu’elles ont été imaginées dans les années 50. Les principales évolutions proviennent des avancées techniques qui permettent peu à peu de démocratiser ces systèmes qui peuvent se révéler très onéreux, tout en optimisant le confort d’utilisation. 

Pour en savoir plus à ce sujet on peut se référer par exemple à ce document du site handicap.org

Autre piste d’avancées dans le secteur, les casques de réalité virtuelle qui permettent des mises en situation facilitées.